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La belle momie

Il y a quelques temps, sur Twitter, il y a eu un mini scandale. Beyoncé avait osé « profaner » le Louvre. Comprendre : une star internationale avait tourné son clip dans un haut lieu de la culture française et ça en défrisait certains. Quelques sorties fleuraient même bon le racisme plus ou moins assumé. Enfin ce n’était pas joli-joli.

Personnellement, j’ai une tare : j’aime bien que la culture soit vivante et c’est assez incompatible avec la notion de sacrilège. Sans être une fan de Beyoncé, non seulement je trouve normal qu’elle puisse tourner son clip au Louvre mais je trouve la chose hautement souhaitable. Tout ce qui peut rendre la Culture « in » est bon. Qu’une artiste écoutée et admirée de nombre d’adolescentes et d’adolescents puissent leur donner envie de venir voir un jour en vrai ces lieux, c’est plutôt appréciable, non ?

J’avoue que je suis toujours surprise du nombre d’amoureux de la culture française qui surgissent pour défendre des positions aussi sottes. Parce qu’actuellement, je ne les entends plus. Plus du tout. Pourtant ce n’est pas faute de les appeler au secours : les auteurs sont en danger.

Je dis souvent pour plaisanter que s’il y a autant de gens très à gauche dans notre profession, c’est probablement parce que le statut qui est le notre est l’un des plus libéraux et des moins protecteurs qui soient. Globalement, on n’a le droit à presque rien, mais on cotise. Le souci est que ça va de plus en plus mal et que les autorités, pour « régler le problème » ne trouvent pas mieux que de l’empirer en concoctant des solutions qui n’en sont pas sans nous consulter.

Puis ils disent qu’il va y avoir une concertation qui est en fait une présentation powerpoint de ce qu’il va se mettre en place en janvier prochain. Et que c’est comme ça, même si on n’est pas content.

Ils ont beau jeu de le faire : nous sommes peu nombreux. Et nous sommes peu nombreux parce que, globalement, tout le monde s’en fout.

Les vaillant défenseurs de la Culture Française qui ne veulent pas de Beyoncé au Louvre et voient une atteinte à leur identité dans la moindre épicerie hallal ont soudainement disparu. Pfutt ! Évaporés. Plus là.

Notre culture est en train de mourir. Elle ne meurt pas de son ouverture au monde : elle n’a jamais été si fermée sur elle-même. Elle ne meurt pas de l’absence de talents, ils s’exportent ( et même s’expatrient) très bien. Elle meurt de ce qu’on ne la nourrit pas.

Ce pays aime sa culture à la façon d’un nécrophile : figée dans le temps, morte et silencieuse. Il s'en gargarise auprès des autres peuples : « Regardez ma belle momie ! » Et tous de dire « c’est une très belle momie ! » et de regarder ensuite ailleurs vers la chair vivante.

Pour le moment, c'est tout ce qu'il mérite.